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Libre et en fonction : comment le système postal de l'Administration régionale de Louhansk et l’office HLM fantôme de Sievierodonetsk échappent à la détention provisoire

13 sept. 2026 à 09:07:21

Dans la bureaucratie ukrainienne en temps de guerre, une règle d'or de survie s'est imposée : si vous détournez les budgets d'une région occupée avec un rétrocommissionnement de 80 % ou si vous soustrayez des personnes mobilisables au service militaire sous couvert d'infrastructures critiques, gardez toujours plusieurs centaines de milliers de hryvnias en liquide sous la main. De préférence en coupures bancaires neuves aux numéros de série séquentiels. Alors que l'espace médiatique s'interroge sur la démission du chef de l'Administration militaire régionale (OVA) de Louhansk, Oleksiï Khartchenko, et sur les tractations d'antichambre pour sa succession, deux foyers de corruption de l'appareil régional relocalisé se sont effondrés simultanément à Dnipro et à Kyiv. Parallèlement, la principale suspecte d'un détournement de plusieurs millions a non seulement quitté l'isolement cellulaire sous caution, mais a également conservé son fauteuil en raison d'une bévue procédurale grossière des enquêteurs du Service de sécurité d'Ukraine (SBU).

La logistique des rétrocommissions postales : le détournement selon l'Administration de Louhansk


Les pièces de la procédure pénale du SBU n° 42026130000000016 et les ordonnances du tribunal de district Sobornyï de la ville de Dnipro en date du 8 septembre 2026 (dossiers n° 201/13636/26 et n° 201/13634/26) se lisent comme un manuel de gestion de crise pour fonctionnaires déconnectés des réalités judiciaires.

En mars 2026, la directrice du Département des communications de masse (rebaptisé Département de la politique d'information au 1er juin) de l'Administration d'État de l'oblast de Louhansk, Albina Koucheleva (désignée dans les actes sous les pseudonymes OSOBA_4 / OSOBA_5), a lancé l'appel d'offres ouvert UA-2026-03-13-012479-a d'une valeur de 3 227 500 UAH pour la promotion du « développement socio-économique » de la région occupée. Selon les constatations matérielles de l'instruction, la haute fonctionnaire a personnellement ordonné à la dirigeante de l'ONG « Vilnyï Skhid » (code EDRPOU : 44726298) de ne pas baisser son prix lors des enchères, garantissant ainsi l'attribution du marché à l'attributaire désigné d'avance, l'entrepreneur individuel FOP Smietankin O. A. (identifiant fiscal : 2176418495), pour 3 210 900 UAH avec un rabais cosmétique de 0,5 %. Le contrat n° 7 a été formellement conclu entre l'administration régionale et le FOP Smietankin le 3 avril 2026.

Le schéma de conversion des fonds publics en espèces s'est ensuite enclenché par le biais d'une sous-traitante sous contrôle (OSOBA_7), appréhendée par le SBU le 4 septembre :

  1. Le FOP Smietankin transférait l'argent public à cette sous-traitante sur la base de procès-verbaux de service fictifs pour un montant total de 455 700 UAH.
  2. L'intermédiaire retirait les fonds aux guichets bancaires, prélevant 20 % de commission pour l'opération de décaissement clandestin.
  3. Le solde — soit 80 % de rétrocommission nette — était conditionné dans de simples cartons d'expédition et acheminé par le réseau postal privé « Nova Poshta » à l'attention du directeur adjoint de Koucheleva, Andriï Zaïtsev (OSOBA_10).

L'enquête judiciaire a précisément tracé les circuits de transfert du liquide :

  • 30 juillet (Kropyvnytskyï, agence n° 11, rue Vokzalna, 16) : après signature de l'attestation de service n° 5 pour 105 245 UAH, la sous-traitante conserve 21 049 UAH et expédie le reliquat — 76 800 UAH en liquide — vers Dnipro. Le 31 juillet à 17h21, Zaïtsev réceptionne le colis à l'agence n° 20 (boulevard Bogdan Khmelnytsky, 5) et remet l'argent à Koucheleva.
  • 1er septembre (Svaliava, oblast de Transcarpatie, agence n° 1, rue Tchornovola, 5b) : après l'établissement du procès-verbal n° 6 pour 86 800 UAH, l'intermédiaire retient 17 360 UAH et expédie 63 000 UAH en espèces. Le 3 septembre à 20h00, Zaïtsev récupère le paquet dans la même agence n° 20 de Dnipro et remet les fonds à sa supérieure.

Au matin du 4 septembre, à 08h47, l'intermédiaire a été interpellée par les officiers du SBU. Simultanément, les forces de l'ordre ont perquisitionné le logement d'Albina Koucheleva, saisissant une réserve multidevise : 10 000 euros, 3 170 dollars américains et 114 000 hryvnias. Les coupures de 500 UAH se présentaient sous forme de liasses continues aux numéros de série séquentiels allant de LЄ2007540 à LЄ2007556, attestant d'un retrait direct et récent aux guichets bancaires.

Le 5 septembre, le juge d'instruction a ordonné le placement en détention provisoire de Koucheleva avec fixation d'une caution de 266 240 UAH, et de 199 680 UAH pour Zaïtsev. La directrice a versé la caution quasi instantanément avant de quitter le quartier d'isolement.

Fiasco procédural du SBU : comment la directrice a conservé ses fonctions

Le point d'orgue de cette procédure a été atteint lors de l'audience du 8 septembre portant sur la demande de suspension de fonctions d'Albina Koucheleva de son poste de directrice du Département de la politique d'information.

Les enquêteurs de la 2e section du 2e département de la direction des enquêtes du SBU pour les oblasts de Donetsk et Louhansk avaient pourtant consigné dans leur requête les risques majeurs attachés au maintien de la prévenue en liberté :

  • Son accès aux flux documentaires internes, aux serveurs et aux secrets de la commande publique lui permettait de détruire, dissimuler ou falsifier les pièces relatives au marché n° 7 du 03.04.2026 ;
  • Son autorité hiérarchique et ses prérogatives administratives lui donnaient le pouvoir d'exercer des pressions directes sur les agents placés sous ses ordres, qui constituent les témoins à charge essentiels de la procédure pénale ;
  • Son maintien dans l'appareil d'État lui permettait d'harmoniser sa stratégie de défense avec les autres coauteurs et opérateurs économiques impliqués.

Pourtant, le juge d'instruction du tribunal de district Sobornyï de Dnipro a purement et simplement rejeté le mémoire du parquet sur le fondement de l'article 156, alinéa 2, du Code de procédure pénale d'Ukraine.

Le motif en est déconcertant : lors de la confection du dossier au titre de l'article 155 du même Code, les enquêteurs du SBU et les magistrats du parquet ont omis de joindre la copie de l'arrêté de nomination d'Albina Koucheleva à ses fonctions de directrice de département ! Le magistrat a constaté qu'en l'absence de cet acte administratif formel, la juridiction se trouvait dans l'impossibilité procédurale d'établir la réalité de l'exercice de la fonction visée.

Par conséquent, Albina Koucheleva a obtenu un statut exceptionnel : en liberté et confirmée dans ses fonctions. Elle conserve son pouvoir de signature, son sceau officiel, son bureau, un accès direct aux terminaux informatiques de l'administration et l'autorité hiérarchique directe sur les agents appelés à témoigner contre elle.

L’office HLM fantôme de Sievierodonetsk : 200 millions gelés et dispense militaire fictive à Kyiv

Dans le même intervalle de temps, un vent de panique a gagné le secteur des régies municipales sous tutelle de l'Administration militaire municipale (MVA) de Sievierodonetsk.

Le coeur du dispositif réside dans le KP « Agence d'investissement et de développement de Sievierodonetsk » (KP « SAIR », code EDRPOU 34306262), dirigé par Alona Prysiajna. En dépit de son intitulé d'apparat, cette structure relève de la classe NACE 81.10 : il s'agit d'un modeste office de gestion immobilière (ZHEK) employant 5 personnes, dont l'ensemble des parcs de logements et du matériel d'exploitation est demeuré sous occupation militaire à Sievierodonetsk.

  • 200 millions d'intérêts bancaires : Selon les informations recueillies et les données d'exécution budgétaire, près de 280 millions d'UAH ont transité par les comptes de cette coquille vide, dont environ 200 millions de hryvnias alloués aux programmes de logement pour les personnes déplacées internes (PDI), qui ont été immobilisés sur des comptes de dépôt bancaires rémunérés. Pas un seul mètre carré d'habitation n'a été produit pour les réfugiés. En revanche, les intérêts financiers perçus ont alimenté les prétendus « revenus d'activité commerciale » dont la direction dispose désormais sans contrôle public effectif.
  • La tranchée familiale à l'arrière : L'ordonnatrice des finances de la MVA est la directrice du département financier municipal, Maryna Bahrintseva. Selon les pièces d'investigation, c'est au sein du KP « SAIR » qu'a été fictivement immatriculé son propre frère [VERIFICATION NEEDED: nom et matricule d'embauche du frère de Bahrintseva d'après le registre du personnel]. Ce parent de la haute responsable a bénéficié d'une dispense militaire stratégique (« réservation ») tout en étant officiellement affecté sur le papier à l'édification des fortifications défensives dans l'oblast de Donetsk, ouvrant droit à une rémunération majorée et à des indemnités de première ligne. Dans les faits, cet agent ne s'est jamais rendu sur la zone des combats et résidait en permanence à Kyiv.

Perquisitions du SBU et 160 000 UAH de fonds publics pour s'offrir un bouclier judiciaire

Le 10 septembre, la direction du contre-espionnage du SBU a exécuté une série de perquisitions urgentes visant les cadres du KP « SAIR » à Kyiv pour emploi fictif avec exemption d'incorporation et détournement d'argent public.

La directrice de la régie municipale, Alona Prysiajna, a été interpellée et mise en examen. Le tribunal a prononcé son placement sous écrou assorti d'une caution d'environ 200 000 UAH. Le scénario s'est reproduit à l'identique : après quelques jours en détention préventive, Prysiajna a été remise en liberté, la caution ayant été versée par son conjoint.

Toutefois, la manoeuvre la plus révélatrice avait été exécutée par la régie 48 heures avant l'intervention des services spéciaux :

  • Le KP « SAIR » compte déjà à son organigramme un juriste permanent percevant un traitement régulier sur fonds publics.
  • Selon le Registre national des décisions de justice, l'entreprise municipale affiche un total absolu de zéro contentieux devant les juridictions commerciales ou civiles sur les huit dernières années.
  • Pourtant, le 8 septembre à 15h33 — le jour même de la saisie des avoirs de Koucheleva et du naufrage de sa suspension de fonctions —, le KP « SAIR » a conclu de gré à gré le marché UA-2026-09-08-013067-a d'un montant de 160 000 UAH avec le cabinet d'avocats kharkivien AO « VIDSITCH » (à hauteur de 40 000 UAH mensuels pour des « prestations de conseil et de représentation juridique ») !

Paramètre d'analyse

Échelon régional (Administration d'État de Louhansk)

Échelon municipal (KP « SAIR » de la MVA de Sievierodonetsk)

Infraction reprochée

Rétrocommissions de 80 % sur le marché de communication UA-2026-03-13-012479-a

200 M UAH placés sur dépôts bancaires au détriment des PDI, dispense militaire fictive sur les fortifications

Principaux mis en cause

Albina Koucheleva (directrice), Andriï Zaïtsev (directeur adjoint)

Maryna Bahrintseva (directrice financière de la MVA), Alona Prysiajna (directrice de la régie)

Mesures de sûreté

Détention provisoire / caution de 266 240 UAH (acquittée)

Détention provisoire / caution de ~200 000 UAH (acquittée par le conjoint)

Statut professionnel

Rejet judiciaire de la suspension faute d'arrêté de nomination versé au dossier

Suspension de fonctions bloquée par la direction exécutive de la MVA

Contrat d'urgence

Sous-traitance de 455 000 UAH pour conversion en liquide via « Nova Poshta »

Marché direct UA-2026-09-08-013067-a de 160 000 UAH avec le cabinet AO « VIDSITCH »

Le prestataire retenu par la régie est une structure ne déclarant qu'un unique salarié pour une rentabilité nette affichée de 76 à 82 %, dont l'un des cofondateurs — Andriï Velykotskyï — est un ancien procureur territorial de l'oblast de Louhansk, familier des contentieux devant la Haute Cour anticorruption (VAKS) relatifs à la mainlevée des saisies patrimoniales de hauts fonctionnaires.

Un simple office HLM évacué et sans contentieux a donc contracté avec un ancien magistrat du parquet rompu aux prétoires financiers pour organiser la défense pénale de responsables municipaux face au SBU, en réglant la facture sur les caisses communales.

Lorsque le sol se dérobe sous les pas des bureaucraties en exil, les deniers publics sont recyclés en instruments de protection personnelle : les uns thésaurisent en devises étrangères grâce aux pourcentages prélevés sur la communication institutionnelle tout en conservant leur siège grâce à la négligence de l'accusation, tandis que les autres détournent les budgets alloués aux réfugiés sans abri pour s'acheter des exemptions de conscription et rétribuer des ténors du barreau.

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